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LA PASSION. UN FILM A VOIR

Frédéric Manns

Mel Gibson ne laisse personne indifférent. Son film La Passion déchaîne des controverses les plus violentes et s’est attiré les foudres d’Israël. Même si aucun distributeur israélien ne prévoit pour le moment de diffuser le film, le film est en vente à Jérusalem avec sous-titres en hébreu depuis plus de quinze jours. De plus avec Internet les frontières n’existent plus. Les autorités catholiques et juives s’alarment, alors que les musulmans tirent parti de ce film pour dénoncer les Pilates modernes. Chez les jeunes musulmans le Jésus de Gibson symbolise le Palestinien martyrisé par Israël. Le grand Rabbin Metzger a sommé le Pape Jean-Paul II de dénoncer le film, au nom de la réconciliation judéo-chrétienne. Ne vivons-nous pas à l’heure du dialogue inter religieux ?
Gibson se défend de tout antisémitisme. Son film dérange parce qu’il repose la vieille question : qui a tué Jésus ? Sa réponse est traditionnelle. L’objet qu’il aborde n’est pas celui de qui porte la responsabilité de la mort de Jésus: seul compte le texte des Evangiles pris comme vérité littérale. Les approches critiques des Evangiles ne le préoccupent pas outre mesure, ni même la relecture des faits historiques à la lumière de Pâques.
Pourquoi, ce film connaît-il un pareil succès aux Etats-Unis, dans les pays de tradition latine et les pays arabes ? Sa capacité de s'identifier aux souffrances lui vaut ce mérite, avancent certains. La Passion fait sienne l'idéologie du martyre, celle qui mesure la vérité à l'aune du sang versé pour une juste cause. Gibson veut conférer au martyre une valeur absolue, tant esthétique qu'émotionnelle.
La Conférence des évêques de France, prenant ses distances avec cette Passion dans sa réaction officielle affirme : «Dans ce film, le visage du Christ transparaît moins que nos obsessions contemporaines : angoisse du mal, fascination pour la violence, recherche de coupables.»
Le mystère le plus profond reste que ce film puisse susciter tant de passions. Le film obtiendra plus de spectateurs que prévu. On a parlé de film sado-maso, doloriste, barbare, d’orgie sanglante, de séance de torture, de boucherie high tech, de cocktail explosif de dolorisme et d’antisémitisme, de nouvelle croisade lancée par les intégristes, d’Evangile galvaudé, de haine raciale, d’antisémitisme. "Ce film est à l'Evangile ce que la pornographie est à l'amour, dit Gil Daudé, de la Fédération protestante. Des approbations bruyantes du film viennent des catholiques traditionalistes et également de la Fédération évangélique. Il s’agirait du retour du vrai Jésus. Il est urgent cependant d’alerter l'opinion sur le danger d'une mauvaise interprétation de l'événement majeur intervenu il y a deux mille ans, et de mettre en garde contre les sentiments antijuifs qu'il pouvait susciter. Les représentations de la Passion au Moyen Age tournaient parfois à l'émeute antijeu, on le sait.

Le film est-il antisémite ? La malédiction suggérée dans l'Evangile selon Matthieu ("Que son sang retombe sur nous et nos enfants !"), dont les juifs et les catholiques américains avaient demandé le retrait, a été maintenue. Mais la phrase en araméen n'a pas été traduite dans les versions sous-titrées dans les principales langues modernes. Beaucoup de spectateurs ont qualifié le film d’anti-romain, plus que d’antisémite. Certains critiques ont suggéré que ce n'est pas le film qui est antisémite, mais l'Evangile. Ce débat nous entraînerait trop loin.
Gibson en stratège politique n'a pas dosé la répartition des responsabilités entre Juifs et Romains dans la mise à mort du Christ, chargeant un peu plus ceux-ci pour décharger ceux-là. Il avait d’autres idées en tête. Le scandale de la croix l’a bouleversé. Sa seule obsession c'est ce corps martyrisé, titubant, , tombant puis se relevant, ce corps saignant, cloué à la Croix, cet écorché vif qu'anime encore un souffle de vie. C'est cela que Gibson veut donner à voir, c'est de ce corps et de ce sang, de ce pain et de ce vin, qu'il veut remplir, les corps des croyants. En effet, le lien entre la Passion et l’eucharistie est suggéré tout au long de ce film. La violence de ce film évoque d’une façon parfois maladroite le caractère sacrificiel de la messe, le lien entre la Passion et la messe. Et c’est ce qui échappe à de nombreux critiques qui n’en restent qu’à l’horreur du sang versé.
Peu importe que les légionnaires en Palestine aient parlé grec plutôt que latin, comme dans le film, ou que l'accent araméen de Monica Bellucci ne soit pas tout à fait conforme à la prononciation en usage il y a deux mille ans. Peu importe les petites erreurs historiques ou archéologiques. Ces détails ne peuvent pas faire oublier l’essentiel qui est de présenter la « science de la croix » (Edith Stein).
Certains critiques ont parlé de régression théologique dans ce film : si la violence de La Passion trempe dans la violence du temps de Jésus comme dans celle du monde moderne, son dolorisme démesuré est antichrétien. Les récits de la Passion sont des textes théologiques qu’il est difficile de rendre à l’écran. Rien dans les textes de la tradition chrétienne ne permet d'affirmer que la rédemption du monde ait été mesurée à l'aune des souffrances endurées.
Ces deux heures de souffrance de Jésus ont pourtant un mérite pédagogique : elles replongent le spectateur au coeur de l'originalité du christianisme. A son façon, ce film avec toutes ses limites - Gibson n’est pas Zeffirelli ni Pasolini - est une proclamation du Kérygme et comme toute proclamation du Kéryme, il dérange et ne peut laisser personne indifférent.
L’image du supplicié titubant sous sa croix sous les quolibets de la foule colore, qu’on le veuille ou non, la vision du monde. Obsédante ou discrète, trônant en majesté ou repliée dans un obscur recoin de l'esprit, la compassion est là, elle oriente nos réactions et nos visions. L’écorché de Gibson, qu’on le refoule ou qu’on l'ignore. est en nous. Même si l’Europe veut rejeter ses racines chrétiennes, elle n’y parvient pas.
Le film ne devrait pas nous faire oublier une autre réalité : le récit évangélique est d'abord écrit à partir de l'événement de la Résurrection. La tradition orthodoxe le souligne en appelant la basilique du Saint-Sépulcre, l’Eglise de la Résurrection, qiyyamah. Le serviteur souffrant du prophète Isaïe que les chrétiens voient en Jésus, a été glorifié et exalté. Sa souffrance n’est pas le but ultime, elle n’est qu’un chemin vers la gloire.
Cédons pour conclure la parole à Maia Morgenstern qui a su incarner de façon merveilleuse le rôle de Marie : « Ce film raconte l'histoire d'un drame universel, celui d'une mère qui regarde torturer son enfant sans pouvoir faire quoi que ce soit. Ce film ne va déranger que les leaders corrompus, les manipulateurs et les hypocrites. Regardez le personnage de Pilate. Il est hypocrite, mais travaillé par le doute. Il sait que Jésus est innocent, mais son intérêt personnel le pousse à le condamner. Ce film va déranger tous les Pilate actuels ».


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Created/updated: Saturday, December 8, 2001 by J. Abela ofm / E. Alliata ofm
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